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31 mai 2007 4 31 /05 /mai /2007 14:14

La diversité des personnalités qui émerge tout au long de ces dix années va inévitablement créer des situations tantôt de complémentarité, tantôt de paradoxe, tantôt de conflit même. Sans mettre sur un piédestal les parents Russo, force est de conclure, pour moi, qu’ils ont été la cheville ouvrière du mouvement qui a secoué, certes avec leur entourage, tout ce monde politique et judiciaire.

Si on retirait ce couple, de gauche anomique, de ce conflit avec les institutions, ce problème de société n’aurait jamais eu un tel écho. Personnellement, je pense que Carine Russo fut la plus politique, la plus revendicative, la plus impliquée. C’est aussi la personne qui a la meilleure connaissance du dossier.

Pourquoi lors de son entretien avec le journaliste Rydberg, elle dira entre autres que c’est très important de tirer à gauche?. Si on s’intéresse comme j’ai pu en prendre connaissance aux origines familiales de Carine Russo, on peut légitimement penser qu’elle a été très fortement influencée par le passé de résistants de ses parents. De plus, sa maman ayant été dans la résistance communiste, elle exprime un grand attachement à une vision de société où le roi argent n’est pas dominant. Son frère Michel Collet semble du reste partager les mêmes valeurs.

Le cocktail entre Gino Russo (dont la maman était secrétaire de la section communiste dans son village en Sicile) et Carine Collet était donc certainement explosif, et son détonateur fut allumé avec la disparition de leur fille. Il ne leur a fallu que quelques jours pour faire le constat du fonctionnement défaillant de l’appareil d’Etat, refuser la fatalité, et secouer l’Etat.

Etaient-ils guidés par le sentiment d’une justice de classe lorsqu’ils remuaient ciel et terre pour se faire entendre tout en gardant leur statut de parents ? Y ont-ils perçus une opportunité, tragique pour eux, de faire évoluer les choses et de favoriser la prise de conscience, par les citoyens, de la nécessité de reprendre leur destin en mains, plutôt que de tout laisser décider à leur place par la bureaucratie 

"Le lundi 14 octobre 96, la cour de cassation rend son verdict et c’est le dessaisissement officiel du juge d’instruction Connerotte. Cet événement va produire une ambiance pré-révolutionnaire. Comme Nabela Benaïssa, Paul Marchal appelle la foule au calme et à la dignité.

Il n’empêche, ce jugement va déclencher la colère populaire et jusqu’au 20 octobre, on va vivre les mouvements sociaux et citoyens les plus intenses de l’après guerre,  près d’un million de personnes ( en chiffres cumulés) dans les rues en une semaine, ça avait de quoi faire trembler les institutions !. On y verra même des Palais de Justice arrosés par les sapeurs pompiers,  le pays est chauffé à blanc.

Plus de 500 actions vont être enregistrées rien que pour cette semaine là. Dès l’annonce à la radio du dessaisissement du petit juge, les travailleurs de plusieurs entreprises se croisent les bras. Certains vont même plus loin, comme ceux de l’usine de montage VW à Forest, pour se diriger vers le Palais de justice. Pour Claude Dufrasne, l’un de leurs délégués FGTB, c’était pour montrer leur soutien aux parents, mais aussi leur ras-le-bol face à ce qu’ils considéraient comme une injustice : " … ce n’est pas une goutte, c’est un seau d’eau qui a fait déborder le vase " (" La crise blanche " Alain Tondeur.).

Carine Russo, dans le livre de Laurie Boussaguet,  fera savoir que pour elle c’était avant tout des humains unis. C’était bien mieux qu’un sentiment d’unité belge dira encore Gino. Et pour le frère de Carine, Michel Collet, les citoyens étaient venus, non pas avec un drapeau belge, mais :" …avec un drapeau blanc " ("La Marche Blanche" p.134).

Des ponts vont être lancés vers d’autres luttes sociales.

Plus de 70.000 personnes seront présentes également pour la marche multicolore de Clabecq du 02 février 97. Marche qui était à l’instigation des travailleurs de l’entreprise sidérurgique locale en très grande difficulté à cette époque. Beaucoup de personnes ayant été à " La Marche Blanche " vont décider de s’y rendre lorsqu’ils apprendront que plusieurs parents de victimes de Dutroux y seront présents.

Le dessaisissement du Juge d’instruction à moins d’une semaine de la Marche blanche sera une gifle pour les parents, mais il donnera un extraordinaire coup de fouet supplémentaire à la mobilisation citoyenne. Leur volonté de s’en tenir simplement à leur statut de parents, le fait de parler vrai, de produire un discours à la portée de tous, mais aussi la sincérité de leur douleur ," leur amour pour leurs enfants aurait arraché des larmes aux cailloux, leur foi dans l’humanité souleva l’espoir de la société assoupie " ("  La crise Blanche " Alain Tondeur p 97 ), seront les facteurs déterminant du succès de cette Marche Blanche.

Lorsque les discours de l’extrême droite rencontrent un certain écho, de type sécuritaire (retour à la peine de mort chez certains agités peu représentatifs, mais bruyants, peines incompressibles de la pétition de l’ASBL " Marc et Corinne " en cas de crimes contre les enfants…), plusieurs intellectuels vont réagir et dénoncer le fascisme ambiant.

Mais les parents de victimes et leur entourage vont renverser cette tendance sécuritaire. Ils vont reprendre la direction du mouvement social à l’ASBL " Marc et Corinne " et vont transformer la demande de " plus d’Etat " de cette ASBL en critique contre l’Etat. En remettant à l’avant-scène les dysfonctionnements de la magistrature et des différents corps de police de l’époque et en mettant " le libéralisme au banc des accusés " (idem), les parents vont réussir à canaliser cette énergie, cette solidarité, au profit d’une bataille politique dont la Marche blanche sera un premier signal fort.

Comme le fait remarquer Benoît Rihoux, politologue à l’UCL : "  la production idéologique venait pas mal des Russo, qui sont plutôt de gauche non classique " ("La Marche Blanche").

Les Russo soutiennent la liste Ecolo, sans pour autant y adhérer. Force est pourtant de constater que sans être officiellement impliqués, les Russo seront les plus " politiques " et marqués à gauche : " porter à gauche, c’est important " (Carine Russo : " La raison d’Etat "). Mais leur positionnement est celui d’une gauche anomique. Lors d’un entretien avec Erik Rydberg, en 1998, ils fustigent l’anti-politisme : ce serait la pire des choses, que les gens n’aillent pas voter " (idem). Si l’on reprend et consulte les trimestriels " N’oubliez pas " édités par l’ASBL " Julie et Mélissa ", ou le site de cette association, principalement dirigés par Carine et Gino Russo, on peut constater le caractère très politique de leur contenu. Bien des articles ou la promotion de spectacles, de films et de livres, ne sont pas liés directement au drame qu’ils
ont vécu. Par ce biais comme par les contacts qu’ils ont avec les nombreux sympathisants qui passent jour après jour à la permanence de l’ASBL, les Russo conscientisent des tas de gens non seulement aux problèmes de droits des victimes et des enfants et de lutte contre la pédocriminalité, mais aussi aux autres problèmes de la société.

Carine Russo est également membre d’une association internationale " Voix de Femmes " 

 Pour les parents de Mélissa, leur non-participation est  un acte de résistance, de non-coopération avec les institutions : à l’issue de huit années de confrontation, ils ne peuvent être qu’en désaccord avec elles. Le fait d’être présent au procès ne ferait que cautionner cette grande farce. Ce serait trahir leur fille. Ce procès, c’est pour eux une aumône : ils vont répondre qu’ils ne sont pas des mendiants. Carine Russo ne voit qu’un avantage à ce que procès ait lieu : " c’est qu’ils vont enfin arrêter de faire semblant de chercher "

( http://www.juliemelissa.be/spip/article.php3?id_article=272)  

Beaucoup de choses sont encore à relever et je pourrais encore écrire des pages et des pages de constatations et de remarques, à propos, par exemple, du combat que Carine et Gino Russo, notamment, ont dû mener contre toutes les formes de récupération y compris d’extrême droite…"  Freddy Dewille

http://freddydewille.skynetblogs.be/archive-day/20070101

 

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